Malgré que chaque départ est différent, il y a toujours cette suite d’émotions qui précède la décision finale de sauter dans l’autobus. Le jump final m’a toujours fait vivre quelque chose de spécial. La meilleure image que j’ai trouvée pour illustrer ce moment est le saut en bungee. Debout sur le bord de la plateforme, les cheveux au vent, le poids de l’élastique qui te tire hors de la plateforme et le cœur qui veut te sortir de la poitrine, tu finis par faire taire ta tête et te lancer dans le vide. Tu te lances en faisant confiance que tout va bien aller et que, même si c’est la chose la moins logique que t’as faite dans ta vie, tout va bien aller. Sauter en bungee, c’est apprendre à laisser aller (si tu approfondis la chose plus loin que la vidéo de 4 secondes qui t’a coûté 20$ que tu vas mettre sur internet pour avoir des likes de gens que tu connais). Sauter dans le bus en laissant beaucoup derrière, c’est un peu la même chose.
Aujourd’hui, le 30 juin 2016, je ne prends pas l’avion. Je saute dans le bus (l’avion c’est dans deux jours). Et je saute dans le bus avec seulement un sac. Ça fait du bien d’avoir seulement un sac. Aujourd’hui, je quitte Sherbrooke. Je deviens volontairement et officiellement un expat sherbrookois. Je pèse sur le bouton pause (remember tape cassettes?) pour mettre une playlist encore inconnue sur shuffle. À mon retour à la fin de l’été, c’est un nouvel album du même artiste qui commencera. Un album différent des précédents, mais toujours avec la même trame groove! Ma vie sherbrookoise va rester sur pause. Elle sera inspiration pour les prochains albums.
Assis dans le Limocar qui vogue la 10 en direction ouest, il y a derrière moi Sherbrooke, la nature et les montagnes, beaucoup de gens que j’aime et quelques-uns que j’aime moins, mon bel appartement du centre-ville et mon coloc, La Fabrique, le 400 et ses artisans, des artistes, des entrepreneurs, des connaissances, des gens avec qui j’aime faire du small talk même si j’aime pas faire du small talk, des gens qui m’ont fait cheminer énormément, des rires à en pleurer, du stress, trop de voitures et pas assez de vélos, de la bière de microbrasserie, des terrasses, des défis, des apprentissages à la pelleté, des projets et des collaborations… Amen.
Devant moi : l’Amérique latine, une nouvelle langue, un retour aux études, un nouveau centre-ville, un nouvel appartement avec de nouveaux colocs, une manière différente d’interpréter le monde et ses défis, plus de pistes cyclables, mais plus de chars, de nouvelles personnes à connaitre et à côtoyer, apprendre autre chose, autrement… Bref, tout est cyclique, tant qu’il y a de la bière… Alléluia!

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